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L’Aude : authentique et confidentielle

Mis à jour : 20 nov. 2019

Parmi les destinations œnotouristiques les plus charmantes et confidentielles, l’Aude tient dans mon cœur une place toute particulière. Ce Pays appelé communément "Cathares", ce terroir de légendes, de gastronomie et de vins offre des paysages, des rencontres et des moments authentiques. Gorgées d’iode méditerranéen au sud-est, battues par le vent venu de l’ouest et nourries par le climat de l’arrière-pays, les terres audoises sont des destinations hors du temps auxquelles on ne pense pas assez... et pourtant l'escapade est inoubliable !

Pour vous faire découvrir un peu plus cette superbe destination et ce beau terroir vinicole, j'ai pris le train direction Narbonne et je me suis laissée guidée. De mon boîtier photo, je vous ramène des clichés de ces paysages à couper le souffle. Dans ma valise, j'ai casé de très belles bouteilles et bien emballés, j'ai même ramené quelques Pébradous et des pains de Modane régressifs. Et dans ma mémoire, je garde le souvenir de rencontres fortes entre les Corbières, Gruissan, le Canal du Midi et la Cité de Carcassonne.


Narbonne antique et les vins de la Via Domitia


Narbonne est une cité de dialogue. Ici, on s'imprègne à la fois du splendide passé portuaire de la ville, de son ébullition commerçante de l'Antiquité romaine et de sa connexion étroite à l'eau ; entre Méditerranée et fleuve Aude. Ancien carrefour européen du marché du vin, la Via Domitia (vestige de la voie héraclienne reliant l'Italie à l'Espagne) traverse justement Narbonne pour alimenter, jadis, tout le bassin méditerranéen.

En déambulant dans les rues narbonnaises c'est le grandiose Palais des Archevêques et sa tour du XIVe siècle que l'on découvre ; à condition de gravir les irrégulières 150 marches de pierre. De là-haut, les Corbières, le Mont Canigou, les Halles et la maison de Charles Trenet s'offrent à nos yeux écarquillés et rougis par le vent battant. Un peu plus loin, la Cathédrale, érigée en 1212, jamais réellement finie et figurant parmi les plus hautes de France, déploie ses trésors d'enluminures, d'arcades et de voûtes médiévales.

Narbonne se découvre côté pile mais également côté face car même les sous-sols de la ville se visitent ! Sous nos pieds se dissimulent des galeries utilisées depuis l'Antiquité par les marchands pour stocker le vin et les épices...

Après ce shoot citadin, j'ai pris la direction de Gruissan et de l'air marin, en faisant une halte au Château le Bouïs. Au cœur de l'AOC de La Clape, ce château perpétue une histoire de femmes. De femmes vigneronnes et de femmes passionnées. Depuis 300 ans, ici, les vigneronnes cultivent des vins nourris d’embruns et de rocailles.

En 2009, c’est Frédérique Olivié qui reprend les rênes du domaine avec pour seule ambition : mettre en valeurs les cépages locaux et faire parler cette terre de soleil et de vent, à travers des méthodes viticoles raisonnées.

Entourée par les vignes, la maison d'hôtes du Domaine Les Demoiselles est une pépite, un écrin de calme. Au petit matin, le soleil se lève sur les vignes et jamais réveil ne fut plus doux.

Et pour manger, le Château le Bouïs propose une belle carte locale et bien sur, les vins du Château.


Les Corbières, puissantes et authentiques


À perte de vue, les Corbières nous toisent. Ce paysage ciselé, brut où dansent les vents impressionne. Les ruines des châteaux Cathares qui surplombent les monts fascinent. En traversant les Corbières, c'est une terre puissante que l'on découvre, terrain de jeu favori des randonneurs. J'ai d'ailleurs un souvenir nostalgique de mon père quand j'avais 6 ans, partant en VTT faire des randonnées de plusieurs heures et revenant égratigné mais gorgé d'aventure et de nature.

Là, à l’abris des vents, sur le flanc du Massif argilo-calcaire de Boutenac, travaille la quatrième génération de vignerons du Domaine de la Bouysse. Martine Pagès et son frère Christophe Molinier y élèvent des vins artisanaux et singuliers à partir de vignes âgées de 30 à … 115 ans ! En agriculture biologique depuis 9 ans maintenant, les vins du Domaine sont aussi légers que de caractère, minéraux autant que suaves… Des pépites parfaitement équilibrées telles que leur gouleyant 100% Viognier 2018 ou leur léger Cyprius 2018 (Grenache blanc, Maccabeu, Vermentino) pour lesquels j'ai eu un coup de cœur!


Pour combler mes papilles, passage obligé à l'Auberge du Vieux Puits*** de Gilles Goujon. L'enfant du pays à tenu à ouvrir son adresse étoilée en plein cœur de sa terre natale et le Pays Cathares lui en est reconnaissant. Et il peut ! Car le chef, avec sa mastria, travaille les produits locaux avec une délicatesse et une inventivité précise.


Le Limouxin, terre confidentielle et pétillante


Toute ma tendresse va à ce territoire injustement méconnu. Ici, effectivement, pas de bords de mer. Mais que ces roches sont belles ! Que ces vallées sont luxuriantes ! Que ce patrimoine médiéval et ecclésiastique est précieux ! Sans compter les femmes et les hommes qui vivent ici. Les Limouxins veulent faire connaître leur territoire qui le mérite, alors ils savent accueillir.


Petit passage par l'Abbaye de Saint-Hilaire. C’est là, qu'en 1531, le vin pris mousse naturellement et donna naissance à la fameuse Blanquette de Limoux, souvent raillé mais à tord, je vous l'assure ! On en reparlera...

Au cœur de l'Abbaye, le cloître est un petit havre de paix et le logis abbatial une drôlerie anachronique et grivoise. Le réfectoire des moines et sa chaire de lecture, l’église romane abritant le sarcophage du Maître de Cabestany... tant de joliesses dans un si petit monument... c'est peut-être ça l'esprit Limouxin !

Sur mon chemin, je passe par le Château des Ducs de Joyeuse à la Couiza, une forteresse impressionnante tenue par deux amoureux de l'hôtellerie, anciennement installés dans le Périgord (tiens, tiens, que je les comprends !) et tombés amoureux du Limouxin. Transformé en hôtel, ce château est également un restaurant qui, le murmure-t-on, serait proche d'obtenir l'étoile Michelin...


En continuant mon périple, je m'aventure dans les terres viticoles limouxines direction Montazels. Et c'est là, que j'ai certainement fait une de mes plus belles rencontres audoises : Daniel Terragossa et sa famille. Daniel est l’authenticité incarnée. De père en fils, c’est sourire aux lèvres et en respectant la nature que l’on confectionne ici au Domaine Saint-Jacques une Blanquette de Limoux pétillante d'émotions. Un vin effervescent qui dit tout de ce terroir Limouxin d’altitude préservé d’intrants chimiques. La bulle est fine, les arômes fruités amples et toujours cette fraîcheur qui désaltère. Ma cuvée préférée est la Gourmandise en méthode ancestrale (100% Mauzac) : un petit bijou.


Je débarque au domaine en pleine vendanges et oh, joie ! j'ai le bonheur de pouvoir y participer. Ici les vendanges se font entre amis et le déjeuner vigneron est préparé par la maman de Daniel que j'ai eu le plaisir d'appeler "mamie" le temps d'une après-midi. Un délice de convivialité. De ce genre d'ambiance dans lesquelles j'ai eu la chance de grandir : quand "papi" fait quelques blagues dans sa barbe, que les plats mitonnent et que tout est arrosé généreusement de bons vins. J'aime cette gouaille et ce partage joyeux...


Et pour loger, la Maison d'hôte La Salutière fut un refuge apaisant et ressourçant tenu tout en douceur par Denise.


Le Carcassonnais et le Minervois, hors des sentiers battus


Je finis mon périple audois par le Carcassonnais et le Minervois.

Première baffe : le Gouffre de Cabrespine. Un des gouffres géologiques les plus profonds d'Europe, des stalactites hautes de centaines de mètres, une sensation de vertige des millénaires et de puissance de la nature qui enivre autant qu'elle émeut. Deuxième claque, la cité de Carcassonne : majestueuse autant que touristique. On y passe, on s'en imprègne et on repart aussitôt à la recherche de plus de calme.

Et c'est à Villegly que je l'ai retrouvée cette authenticité, durant le festival Tastes en Minervois. "Tastes" signifie "le goût" en méridional. Le ton est donné. Ce festival met à l'honneur les vins de Minevois et la gastronomie qui l'accompagne, dans une ambiance bon enfant, entre concerts et dégustations.


En parlant de goût et d'AOC Minervois c'est direction le Domaine de Cantaussel que je finis mon périple audois. Ce domaine et le vigneron Cédric Schiltz, je les connais depuis maintenant six ans. Les vins y sont d'une richesse gustative rare, minéraux, gourmands, ensoleillés et désaltérants... Ils incarnent ma vision du vin de Languedoc : chaleureusement équilibré. Ma cuvée préférée : Vermentino, 100% cépage vermentino, donc.

C'est donc un verre à la main (on ne me refait pas) que mon voyage dans l'Aude s'achève. Avec des paysages plein les mirettes, des goûts plein les papilles et surtout un souvenir puissant d'un territoire riche et généreux, confidentiel et authentique.


Merci l'Aude, merci à Delphine et Rudy du label Vignobles & Découvertes et à Caroline de l'ADT Aude pour les rencontres et les souvenirs ...

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